Nostalgie de la Rizière par Anna Moï

Dans des fragments de vie à caractère autobiographique, l’auteur nous fait partager sa vision et ses impressions d’un Vietnam qu’elle a quitté 20 ans plus tôt.

En effet en 1968, alors qu’Anna  fête ses treize printemps, les Vietcongs lancent leurs attaques militaires sur le Sud-Vietnam à savoir la célèbre offensive du Têt.

De cette période d’avant guerre,  Anna Moï a réussi à sauf-garder très précieusement, au plus profond de son être, des images et des souvenirs d’enfance.

 

Ainsi au fil d’une quarantaine de séquences et scènes de vie, elle nous fait partager avec humour, pudeur et nostalgie le film à peine voilé de son enfance.

 

Ce retour vers un passé perdu est déclenché par des leçons de musique où la romancière découvre la joie de chanter, mais également les clés du bonheur pour un être humain et tout un peuple.

 

Il s’agit, en l’occurrence, du peuple vietnamien sans cesse ballotté au gré des conflits armés et des luttes intestines interminables.

 

A la recherche du bonheur pour ces enfants victimes de la guerre et désireuse de tourner la page d’une histoire tourmentée, l’auteur se souvient avec les siens, en ravivant la mémoire personnelle et collective.

 

Ainsi, réapparaissent du passé des éléments qui lui tiennent à coeur comme l’architecture si particulière de  la maison de ses parents, l’image d’écoliers attendant le passage du vendeur de nougat ou des situations à caractère politique

comme l’auto-immolation de bonzes voire des descriptions plus cocasses comme la soupe de chien jaune.

 

Puis, comparant, la rizière à un  rêve vert et humide dont la nostalgie se perpétuerait de générations en générations, Anna Moï se mue en  philosophe et nous livre ses réflexions métaphysiques au détour d’une histoire en apparence banale

où l’humour se mêle aux rires d’enfants.

 

Ainsi, à la recherche d’une logique et d’une compréhension des mystères de la vie, elle se prend à réfléchir et évoquer quelques principes d’inspiration taoïste ou boudhiste.

 

Nous citerons au passage les enseignements sur l’oubli, la relativité, le passage inexorable du temps qui est comparé à un flux constant, la quête du bonheur et de l’éphémère et les effets du voyage sur les souvenirs.

 

Dans un dernier temps, Anna Moï revient, en 1990, sur la terre de son enfance et constate l’évolution et les transformations subies par son pays et sa ville natale.

 

Le lecteur découvre ainsi la vie simple des marchands ambulants, les affres de la spéculation immobilière, le recel d’objets sacrés ainsi que les tentatives désespérées de certaines familles pour retrouver des enfants disparus lors de la guerre.

 

En conclusion,  si le style peut paraître  léger et dénué d’artifices à la première lecture, l’écrivain a l’intelligence de mener le lecteur à une réflexion plus personnelle sur des points plus graves comme le sens de la vie, l’importance de ses racines, le silence qui fait oublier les blessures et la totale absurdité d’un conflit armé.

 

Biographie :

 

Anna Moï, de son vrai nom TR?N Thiên Nga, née le 1er août 1955 à Saigon (aujourdhui Hô Chi Minh ville – Vietnam), est une écrivaine et styliste française.

 

Elle écrit en français des histoires, dont la plupart prennent source dans son pays natal, le Vietnam. Ses nouvelles ont pour cadre le Vietnam contemporain, et sont de deux types : les unes montrent des situations décalées et humoristiques ; les autres partent d’un élément anodin pour aboutir à une dimension poétique, voire philosophique.

 

Ses romans, marqués par les thèmes de la destinée et des rites de passage, offrent plusieurs niveaux de lecture : les événements historiques se croisent avec des réflexions sur l’art (soie laquée, sculpture) et un culte de la nature.

 

Polyglotte, Anna Moï considère les mots comme un matériau artistique, au même titre que le marbre pour un sculpteur, ou la peinture à l’huile pour un peintre. Anti-confucianiste, elle a choisi le français, une langue qui lui garantit sa liberté d’expression.

Son prochain roman devrait être écrit en anglais et sortir au courant de l’année 2011.

 

Bibliographie :

 

L’Écho des rizières (2001, nouvelle) ISBN 2-87678-663-X

Parfum de pagode (2004, nouvelles) ISBN 2-87678-997-3

Riz noir (2004, roman, Editions Gallimard) ISBN 2-07-077159-8

Rapaces (2005, roman, Editions Gallimard) ISBN 2-07-077433-3

Espéranto, désespéranto : la francophonie sans les Français (2006, essai, Editions Gallimard)

Violon (2006, roman, Flammarion)

L’Année du cochon de feu, Éditions du Rocher, 2008

 

Rédaction & Présentation : David ROBERT