Cinéma: le 7ème Art de Mendoza

Manille, alors que des trombes d’eau se déversent sur la ville inondée suite aux passages de plusieurs typhons, deux « lola », lisez deux grands-mères, se mettent en route pour financer respectivement les funérailles et les frais de procès de leur petits-fils.

Ces deux « lolas courage » sont entraînées au sens propre et figuré par le destin représenté de façon métaphorique par l’eau, omniprésente. Toutes deux doivent porter les conséquences d’un crime impliquant leurs petits-fils et malgré leurs extrêmes privations financières, essaient de faire ce qu’elles pensent être juste pour leurs proches.

Même si elles poursuivent la même mission, elles se révèlent être aussi de redoutables adversaires. A la fin du film, la réconciliation apparaît aussi pacificatrice que cynique : en raison de leur situation sociale, elles sont obligées d’accepter un règlement financier qui permet à l’une de s’occuper des siens et à l’autre de laisser tomber les accusations…

Cette nécessité de survivre va pousser les héroïnes à se mentir, voire à se corrompre elles-mêmes ! Nos « lolas » devront ravaler leur fierté pour obtenir gain de cause dans un pays où tout se monnaie et où il n’y a pas grand-chose à attendre de la justice !

La pauvreté de ces héros ne leur permet pas le luxe de la moralité !

Comme dans ses autres films, Mendoza nous prouve qu’il dispose d’une compréhension précise des réalités judiciaires, bureaucratiques et socio-politiques, particulièrement difficiles des Philippines.

Dès les premières images, où une « lola » achète une bougie, le réalisateur pose l’argent et son pouvoir comme thème récurrent.

Ainsi par exemple, les protagonistes sont soumis à un matraquage télévisuel sur le crédit ou doivent utiliser des arnaques en tous genres pour gagner quelques sous, ou se résigner à se livrer à la mendicité.

Convaincu que la religion, la pauvreté et la violence sont inséparables, Mendoza dépeint, avec beaucoup de symbolique, la lutte pour la survie dans une ville tentaculaire en utilisant habillement l’espace, le temps et la lumière.

Ainsi, le ton est parfaitement donné quand une grand-mère défie la pluie et les bourrasques pour allumer une bougie et la déposer à l’endroit où son petit-fils a été assassiné…

Dans cet univers, l’eau, métaphore de la vie et de la mort, est un élément essentiel ; la plus grande partie du film se déroule d’ailleurs dans une tempête aveuglante.

Alors que les personnages vivent dans des misérables taudis sur pilotis, Mendoza sait également transformer l’eau en un élément de très grande beauté ; on pense ici à la procession funéraire, en barques, qui parcourt la partie centrale de la ville.

Marqué par une esthétique hyper réaliste, ce film rend les vicissitudes incroyables de la vie urbaine et des personnages grâce à la technique de la caméra à l’épaule et via une multitude de bruit reflétant plus généralement la vision du monde du réalisateur.

« Lola » condamne une société qui ne sait pas quoi faire de ses membres les plus pauvres. Mais, c’est surtout une ode à ces deux grands-mères qui continuent à faire ce qu’elles ont toujours fait, c’est-à-dire s’occuper de leurs familles alors que leurs corps les ont trahies depuis longtemps, rendant ainsi tout effort surhumain.

Secrètement, le spectateur se demande jusqu’où ces deux « Lolas » (jouées admirablement par deux actrices fétiches du cinéma philippin – Anita Linda et Rustica Carpio) sont-elles prêtes à aller pour secourir leurs petits-fils.

Au-delà d’un premier niveau qui nous relate l’histoire de deux personnages âgés, une seconde lecture, à mon avis, nous propose de vivre la célébration de la vie elle-même et une histoire sur l’amour inconditionnel.

David Robert

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