Où allons-nous ?
Cette question, simple en apparence, est aujourd’hui au cœur des débats sur les droits des femmes et sur l’avenir de nos démocraties. Les progrès accomplis au cours des dernières décennies sont considérables. L’égalité entre les femmes et les hommes est désormais inscrite parmi les valeurs fondamentales de l’Union européenne et des Nations unies. Les violences fondées sur le genre sont davantage reconnues comme une atteinte aux droits humains, et les questions liées à l’autonomie des femmes, à leur participation à la vie publique et à leur sécurité sans être centrales dans les politiques nationales et européennes, occupent une place non négligeable.
Cependant, les femmes doivent faire face à des situations difficiles. Dans de nombreux pays, les inégalités persistent. Les violences à l’égard des femmes demeurent très lourdes, qu’elles soient physiques, psychologiques, économiques, sexuelles ou, désormais, numériques. Les femmes les plus vulnérables – migrantes, réfugiées, en situation de précarité, de handicap ou confrontées à des discriminations multiples – continuent de payer le prix le plus lourd des inégalités. Parallèlement, des mouvements réactionnaires remettent en cause des droits que l’on croyait définitivement acquis, à commencer par le droit à disposer de son corps. La montée des discours masculinistes et antiféministes, amplifiée par les réseaux sociaux, constitue un défi majeur pour les sociétés démocratiques.
Au niveau européen on traverse une période charnière. D’un côté, l’Union européenne affirme sa volonté de renforcer les droits des femmes en adoptant de nouveaux instruments juridiques, comme la directive sur la lutte contre les violences à l’égard des femmes et la violence domestique, ou en préparant une nouvelle stratégie en faveur de l’égalité entre les femmes et les hommes pour la période 2026-2030. De l’autre, elle est confrontée à des résistances politiques, culturelles et idéologiques qui fragilisent ces avancées et rappellent que les droits fondamentaux ne sont jamais définitivement acquis.
Dans cette analyse, il ne s’agit pas seulement de dresser un état des lieux, mais de mettre en relief les transformations profondes qui affectent la condition des femmes, d’évaluer les politiques mises en œuvre et de réfléchir aux réponses qu’il convient d’apporter face aux nouveaux défis.
Les différents chapitres proposent un parcours qui conduit le lecteur des progrès récents du droit européen à la réalité quotidienne des femmes. Ils examinent la nouvelle directive européenne sur la lutte contre les violences faites aux femmes, présentent les expériences de politique publique de certains pays comme le Portugal ou la Belgique. Ils analysent les violences numériques et les nouvelles formes de cyberharcèlement, avant d’aborder les enjeux liés à l’avortement, aux femmes en situation de vulnérabilité, aux parcours souvent dramatiques des femmes migrantes et à l’émergence du masculinisme comme mouvement contestant les avancées de l’égalité.
La question « Où allons-nous ? » n’appelle pas une réponse unique. Elle invite à mesurer les responsabilités qui nous incombent. L’avenir de l’égalité entre les femmes et les hommes dépendra des choix politiques qui seront faits, de l’effectivité dans l’application des droits acquis, de l’éducation des nouvelles générations, mais aussi de la capacité de nos sociétés à défendre sans relâche les principes de liberté, d’égalité, de dignité et de solidarité.
Ce livre se veut un outil de compréhension, de réflexion et d’action. Car défendre les droits des femmes, c’est défendre les droits humains, l’État de droit et la démocratie elle-même. Il s’agit non seulement d’éviter un recul dans les acquis, mais surtout de faire avancer les droits des femmes dans de nouveaux domaines, surtout ceux permettant l’accès aux nouvelles technologies, tout en les prémunissant contre les dégâts que peut causer l’accès facile à l’internet et aux réseaux sociaux.